CONCERT. -- Après avoir tout vécu auprès de Fela et Femi Kuti, il
tente un nouveau départ à Bordeaux, sa ville d'adoption. Ce
soir, à Barbey, le Nigérian et ses musiciens girondins ouvrent
pour Antibalas
Seconde vie de Segun
Damisa
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Segun Damisa heureux de jouer (enfin) à Bordeaux,
en première partie de ses amis d'Antibalas PHOTO
THIERRY DAVID
| « Je suis arrivé à Bordeaux le jour de
Noël 2004, et depuis je ne suis toujours pas monté sur une
scène. Parfois j'en pleurais, je me demandais quel sens ça
avait après avoir vécu quinze années de tournées à travers le
monde. Je voulais repartir au Nigéria. » Segun Damisa, d'un
naturel souriant, parle alors avec un regard dur. « Je ne suis
pas un débutant, je ne veux pas être un second couteau. Ce
concert est très important pour moi, nous avons beaucoup
travaillé. » En six mois, les musiciens girondins réunis
autour de lui grâce au bouche à oreille ont assimilé sa
musique, ses rythmes ternaires inspirés de l'afrobeat, mais
également de la juju music et de la tradition
latino-africaine.
Enfant de
Kalakuta. Le
percussionniste nigérian retient deux symboles forts qui
président au concert de sa « renaissance » : il aura lieu à
Bordeaux, sa ville d'adoption; il ouvrira la prestation de ses
amis d'Antibalas, la formation de Brooklyn qui redonne vie à
la musique de Fela, mythe de la musique africaine, l'homme qui
a fortement marqué l'adolescence de Secund. Car Secund a été
un enfant de la république de Kalakuta, la communauté créée à
Lagos par le musicien rebelle pour défier la junte au pouvoir.
Fela avait à la bonne ce mouflet vif qui courait partout. Le
leader, au-delà de l'exigence envers ses musiciens, fit même
preuve d'une exceptionnelle mansuétude envers le jeune
percussionniste, qui rejoignit son orchestre-armada pendant
les quatre dernières années de sa vie. Secund a grandi
avec Femi, le fils le plus célèbre de Fela, et a naturellement
intégré son groupe dès 1986. Il chantait, et dirigeait
notamment le Positive Force pendant les trois premiers
morceaux des concerts, pour chauffer la salle avant l'arrivée
de Femi. Après avoir rencontré sa femme mérignacaise, il y a
cinq ans, aux Musiques métisses d'Angoulême, il a décidé de
fonder son propre groupe à Abuja, la capitale nigériane. «
J'avais de l'argent, je vivais comme un roi. Mais ce pays est
l'enfer, un immense chaos dominé par l'armée et la corruption.
Ce n'est pas facile d'être un Africain. Quand tu vois tous ces
enfants crever de faim, tu ne peux écrire que des chansons
politiques. » Ce soir, le public de Barbey aura la
primeur des nouvelles compositions de Segun Damisa, qui rêve
de vivre de sa musique, à Bordeaux, à l'africaine.
C'est-à-dire donner des concerts hébdomadaires dans un lieu où
son public, qui ne tardera pas à grossir, aura la certitude de
s'enivrer de rythmes dingues. Antibalas, à Barbey ce soir
(21 heures); 16 à 18 euros. En première partie, Segun Damisa
et les Afrobeat Crusaders.
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